Two dangers constantly threaten the world: order and disorder. Paul Valéry An invasion of armies can be resisted, but not an idea whose time has come. Victor Hugo Do what is right. Rosa Parks True peace is not merely the absence of tension, it is the presence of justice. Martin Luther King, Jr. *

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Amazonie

Dans le cours de l’histoire, il y a des villes, des régions ou des territoires qui revêtent une importance particulière est dans lesquels se joue le destin d’un peuple, d’une société ou même de la terre entière. Avec ses sept millions de kilomètres carrés, l’Amazonie est un de ces endroits, et elle concentre les principales contradictions de notre époque : il s’agit d’un océan de verdure, d’un vaste territoire traversé par un fleuve de 6275 km, le plus long fleuve du monde et un des poumons de la planète, qui est en train d’être dévasté par la déforestation sauvage, l’exploitation minière prédatrice et l’urbanisation chaotique. Entrecoupée par des États-nations dont les frontières ne suivent pas le cours des rivières et ne s’adaptent pas à l’habitat des communautés humaines, notamment des peuples autochtones de la région, l’Amazonie reste fragmentée par des limites qui ne correspondent pas à l’époque actuelle de la mondialisation et, même si les peuples qui y vivent aujourd’hui ont réussi à préserver le potentiel de sa biodiversité, elle souffre de la mauvaise gouvernance et du manque de gestion collective et cohérente de ses ressources. [1]

Le problème de la gouvernance de l’Amazonie est presque un miroir fidèle des problématiques centrales de la gouvernance mondiale, tant du point de vue écologique qu’économique, social et politique (gestion des biens communs, articulation des niveaux de gouvernance, diversité des acteurs, relation entre l’homme et la biosphère) : si l’Amazonie est un immense bien commun de l’humanité parce qu’elle est un poumon vital pour l’avenir de tous les êtres humains, qui sont les acteurs adéquats et quels sont les moyens efficaces et justes de la gérer ? En ce sens, l’Amazonie peut autant s’avérer une source de vie qu’une cause de mort, selon si elle est protégée ou divisée, préservée ou dévastée.

En ce début de siècle, la région est victime de nombreux abus : l’exploitation du bois dans des conditions illégales dans presque 90% des cas ; la conquête de terres agricoles par la déforestation et l’abattage de forêts entières pour la plantation de soja ou l’élevage du bétail, produits dont le Brésil est un des principaux exportateurs dans le monde ; l’exploitation minière, étant donné que le sous-sol de la région de l’Amazonie est très riche en or, en fer et en cuivre ; et, enfin, la production d’énergie électrique, puisque les affluents et le fleuve Amazone proprement dit fournissent plus de deux tiers du potentiel hydroélectrique du Brésil. L’Amazonie détient plus de 20% des eaux douces de surface de la planète, c’est une région qui possède d’importants gisements de pétrole et c’est un terrain fertile pour la production de biocarburants qui peuvent éventuellement remplacer les sources d’énergie fossiles.

La région s’étend sur huit pays : le Brésil, la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Venezuela, la Guyane, le Suriname et une enclave coloniale, la Guyane française. Tous ces pays ont signé un traité de coopération internationale en 1978 qui vise principalement à garantir la sécurité des frontières nationales que couvre la végétation et qui, par ailleurs, ne correspondent pas à l’emplacement de centaines de peuples indigènes qui habitent encore la région. On a tendance à considérer l’Amazonie comme un continent vert couvert de végétation, une image qui ne correspond pas à la réalité, car la région est peuplée par plus de 21 millions de personnes et la population urbaine est fortement majoritaire (plus de 70%) et continue à croitre à un taux qui a triplé entre 1980 et 2010. L’expansion des villes dans la région amazonienne obéit à un développement anarchique, donnant lieu à des urbanisations précaires dont les populations vivent dans de très mauvaises conditions hygiéniques et sanitaires.

L’Amazonie est surtout connue pour être la première réserve biologique de la Terre, mais l’exploitation intensive de ses ressources (le bois et les espèces vivantes, les ressources minérales et l’eau) entraîne une réduction dangereuse de sa surface en tant que poumon de la planète. Près de 20 % des arbres de la région ont disparu depuis les années 70 et 15% de ces arbres peuvent être considérés comme irréversiblement dégradés ou endommagés. Par conséquent, la protection de l’Amazonie n’est pas une tâche qui incombe seulement aux États mais un problème qui concerne tous les habitants de la planète. En ce sens, la crise du pétrole et la demande croissante de carburant dans le monde placent cette région entre le marteau et l’enclume, et entraînent une contradiction flagrante : ces terres sont occupées pour produire des biocarburants pouvant remplacer le pétrole et réduire les émissions de CO2, mais cela se fait au détriment de la forêt elle-même, ce qui constitue une situation absurde du point de vue énergétique.

L’Amazonie est une scène sur laquelle cohabitent de différents acteurs : les grandes entreprises, les institutions financières internationales, les agences de financement, les projets mis en œuvre par l’État brésilien, les hors la loi opérant dans la région, les grands laboratoires pharmaceutiques, les intérêts des autorités locales (gouverneurs), etc. Tous ces acteurs contribuent, d’une manière ou d’une autre, à la déprédation de la région, mais il y a également d’autres peuples et secteurs concernés, tels que les populations autochtones et les habitants de ce que les Brésiliens appellent quilombolas, les communautés d’esclaves venus d’Afrique qui ont fui et se sont installés dans les « quilombos », ainsi que les travailleurs ruraux, notamment les « seringueiros » qui exploitent l’hévéa dont on extrait le caoutchouc.

Il y a aussi de nombreuses organisations paysannes et religieuses qui vivent dans la région, comme la Commission pastorale de la terre ; il existe des mouvements urbains à Belem et à Altamira et de nombreuses organisations de femmes, de radios communautaires, etc., mais tous ces secteurs sont entièrement dispersés et fragmentés et il n’existe aucune coopération fluide entre eux. Les travailleurs qui coupent les arbres pour des salaires de misère s’opposent aux peuples autochtones qui veulent préserver les forêts ou qui en revendiquent l’usufruit pour obtenir des institutions financières internationales (la Banque mondiale et le gouvernement brésilien lui-même) une sorte de loyer qui leur permettrait de conserver les forêts afin de garantir la production de CO2.

Malgré la situation de fragilité et tous les dangers qui menacent cet important biotope et poumon de la planète, l’Amazonie peut devenir un endroit essentiel capable de fournir à l’humanité des ressources biologiques, politiques et culturelles pour une nouvelle gouvernance mondiale et pour une relation fructueuse entre les peuples et la biosphère à travers une coordination conjointe entre les États qui la forment, les peuples qui y vivent et les habitants de la planète, basée sur la coopération et la responsabilité partagées.

Peut-être que l’Amazonie nous apprendra que nous devons trouver un équilibre pour que la gouvernance mondiale fonctionne comme ses grands écosystèmes naturels. En effet, une voie vers la gestion durable de la région doit comprendre au moins l’articulation des organismes de réglementation, tant locaux que mondiaux, avec un vrai pouvoir d’action et de contrôle à tous les niveaux qui comprenne les connaissances pratiques et les planifications théoriques. Le défi est trop grand pour être laissé entre les mains d’une poignée d’acteurs, quels qu’ils soient, et la gestion de la diversité amazonienne emblématique requiert un réseau d’acteurs aussi divers, multiple et étendu qu’elle même. À cause de son extension et de sa complexité, elle ne peut pas être gérée par un seul pays. À cause de son énorme valeur, elle ne devrait pas être confiée à un organisme supranational qui favorise les pays historiquement dominants au niveau mondial.

C’est pourquoi le fleuve Amazone, la forêt amazonienne et l’ensemble de la région sont un véritable laboratoire. Pas n’importe quel laboratoire, mais un espace de recherche humain et naturel d’une valeur inestimable, autant pour la vie de la planète que pour la construction d’une gouvernance mondiale juste et durable.

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