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Rethinking Global Governance

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Synthèse des commentaires reçus au 30 avril 2008

Arnaud Blin, Gustavo Marin ¤ April 2008 ¤
Translations: English . Español .

Pour ce premier « document en débat » soumis à la critique par le Forum pour une Nouvelle Gouvernance Mondiale, nous ne savions pas trop à quoi nous attendre. Y aurait-il des réactions ? Seraient-elles intéressantes ? Constructives ? L’idée était de lancer une bouteille, puis de suivre son cheminement. Première initiative de ce Forum pour une nouvelle gouvernance mondiale – qui ne portait pas encore ce nom -, nous espérions qu’elle nous aiderait, en partie du moins, à en définir les orientations.

Et il y eut effectivement des réactions, souvent vives, à ce document. Néanmoins, la qualité de ces réactions, et même la quantité, dépassa toutes nos espérances. Initialement, nous pensions intégrer les critiques éventuelles pour reformuler le document. Etant donné la richesse de réponses, une telle reformulation paraît compliquée tant sont nombreuses les ouvertures thématiques. Pour l’heure, et avant de s’engager sur d’autres champs d’étude et de réflexion suggérés par ces critiques, nous nous contenterons d’une modeste postface à ce premier document que nous avons décidé, finalement, de laisser en l’état, en attendant de le compléter avec d’autres.

Il est évidemment difficile de résumer toutes les critiques et toutes les idées émises sur cette première ébauche (l’ensemble des critiques figurera sur le site du Forum). Nous nous contenterons ici de mettre en lumière, avec une certaine subjectivité, certains points saillants, notamment ceux qui se dégagent de plusieurs commentaires.

La forme et le fond

En schématisant, on peut déjà distinguer deux types de commentaires distincts : les premiers ont trait à la forme, les autres au fond. Dans le premier cas, il est évident que les lecteurs semblent en général avoir apprécié la mise en perspective historique qui constitue la première partie du texte, mais qu’ils sont restés sur leur faim vis-à-vis de la dernière partie où sont déclinées quelques pistes pour l’avenir. Sur le fond, c’est la partie centrale du document qui a suscité la grande majorité des critiques. Ainsi ce commentaire : “La structure du document paraît plus claire dans sa première partie (introduction, héritage historique, effet de rupture) que dans la partie principale…”.

La structure même du document suscita des critiques comme celle-ci : “la structure ‘tripartite’ que vous proposez (objectifs=constitution mondiale, éthique=charte des responsabilités, dispositif de mise en œuvre = ???) ne semble pas assez développée.”

Pour résumer, le sentiment général est que, en quelque sorte, « la montagne accoucha d’une souris ». En d’autres termes, que certains problèmes furent posés (correctement ou pas), mais que les réponses, s’il y en avait, étaient loin d’être à la mesure des questions, contribuant ainsi à un sentiment d’insatisfaction, voire de frustration à la fin du document.

Sans argumenter que tel était notre désir, ce qui ne serait pas tout à fait exact, l’objectif de ce document était bien de susciter des réactions vives et d’ouvrir le champ de réflexion. Et, disons-le clairement, nous n’avions pas de réponses définitives à ces problèmes. Ce sont les commentaires des lecteurs et les critiques qui nous ont déjà fourni les premières pièces du puzzle et nous encouragent vivement à continuer de défricher le terrain.

Parmi ces critiques de fond, nombreux sont ceux qui ont trouvé qu’une certaine dimension du problème – le problème de la gouvernance mondiale - n’avait pas été suffisamment (bien) traitée ou que son importance comparative n’avait pas reçue l’attention méritée. C’est le cas notamment de la dimension économique ou du rôle de la société civile. A ce type de critique, nous ne pouvons que répondre que pour un tel sujet, et pour une étude aussi courte, il nous a fallu faire certains choix, étant donné l’impossibilité de traiter de tous les sujets. Réponse insatisfaisante, si ce n’est que nous sommes convaincus de la nécessité d’aborder ces sujets en profondeur dans les dossiers et études qui suivront. En outre, nous sommes conscients que le problème central de la gouvernance mondiale est d’arriver à des passerelles transversales qui dépassent les champs thématiques traditionnels et abattent les cloisons entre, par exemple, l’économie et la politique, le rôle de l’Etat et celui de la société civile. Arriver à un bon équilibre entre les champs constitutifs de la gouvernance mondiale est l’un des objectifs sous-jacents à notre initiative, objectif qui, nous l’espérons, deviendra plus clair avec l’élaboration des cahiers de propositions.

Eurocentrisme

Une autre critique que l’on retrouve au moins à deux reprises est celle de « l’Eurocentrisme », critique fondamentale et que nous nous devons de prendre très au sérieux. En voici l’essence : « C’est une position totalement eurocentriste. Il ne s’agit pas uniquement d’un problème méthodologique, mais également éthique. Le monde ne fonctionne tout bonnement pas - et n’a d’ailleurs jamais fonctionné - comme le prétendent les européens ! Cette vision est sans doute valable pour l’Europe et les européens, mais elle ne saurait l’être pour d’autres peuples. Comment guérir cette maladie de l’ » eurocentrisme » ? Bien que cela soit difficile, il convient tout d’abord d’admettre qu’elle existe et d’affirmer par exemple : voilà notre point de vue, mais nous ne prétendons pas représenter l’opinion des autres peuples.”

La réponse à cette critique est complexe car elle touche aux nombreux domaines liés à la gouvernance. Tâchons de répondre rapidement avec l’idée que cette question, comme d’autres soulevées ici, mérite un débat en profondeur. D’abord, et c’est vrai, ce texte reflète la culture occidentale des rédacteurs. Les références historiques et philosophiques, par exemple, sont européennes pour la plupart. Pour prendre un exemple parmi d’autres, nous parlons de Machiavel et de Hobbes là où nous aurions pu mentionner Kautilya, Nizam Al Mulk ou Pachacutec. Au niveau symbolique, au niveau de la richesse des idées, il est important que se reflète, surtout pour un texte sur la gouvernance mondiale, la diversité des cultures et des civilisations de la planète. De ce point de vue, la critique de notre eurocentrisme est pleinement justifiée et se doit d’être prise en compte. Par ailleurs, il est parfaitement compréhensible que cet « eurocentrisme », de forme ou de fond, irrite les uns et les autres, surtout après le passif historique de la colonisation dont les effets et les remous se font toujours sentir aujourd’hui.

A côté de cela, il est des réalités historiques que l’on se doit d’analyser de manière aussi objective que possible. Dans une perspective macro-historique des relations géopolitiques intercontinentales, nous constatons que diverses périodes de l’histoire voient l’avènement d’une civilisation qui exploite sa supériorité du moment pour dominer un espace dépassant son cadre géographique originel. Les civilisations qui se succèdent au Proche-Orient, puis la Chine, l’Inde, la Perse, la Grèce, Rome, les empires arabes, turcs, et nomades, les empires aztèques et incas, enfin l’Europe occidentale et la Russie : tous ont à un moment exercé une influence – plus ou moins accompagnée de violence - sur la zone qu’ils prétendaient contrôler et ont contribué chacun à leur façon à faire l’histoire du monde. Aujourd’hui, les Etats-Unis prétendent influer sur une « civilisation monde » qu’ils ont contribué à créer mais qui rejette la tutelle d’une puissance hégémonique.

Or – et c’est là la question : l’influence de l’Europe sur le monde entre le 16e et le 20e siècle a-t-elle façonné les mécanismes politiques, géopolitiques, économiques, sociaux qui gouvernent le monde aujourd’hui ? Sans exagérer cette influence, ni la manière dont le monde a pu résister ou se libérer de cette influence, il serait faux de nier que l’histoire du monde a été un moment eurocentrique même si aujourd’hui, et c’est tant mieux, cet eurocentrisme s’érode – la théorie du choc des civilisations n’étant qu’une tentative d’explication de cette mutation (telle qu’elle est envisagée par un occidental non-européen, Samuel Huntington.

Il est incontestable qu’en matière de gouvernance internationale, l’Europe a durant plusieurs siècles été celle qui a fourni ou imposé les méthodes de gestion de rapports inter et trans-étatiques dominants : économie capitaliste, droit international, système westphalien, nationalismes, grandes idéologies, sécurité collective (SDN/ONU), prise de conscience écologique. Ceci avec tous les avantages et tous les inconvénients (et misères) que ces « systèmes » ou paradigmes ont pu apporter au reste du monde.

En somme, s’il est impératif de se prémunir contre une vision eurocentrique du monde qui serait malvenue, autant d’un point de vue pratique que moral, il nous paraît tout aussi important de faire le constat d’un eurocentrisme historique qui fait partie intégrante de notre réalité, même s’il ne la domine pas forcément au 21e siècle. Ce n’est qu’en prenant la mesure objective de cet eurocentrisme historique que l’on pourra voir de quelle manière la « gouvernance mondiale » peut être envisagée sous divers angles géoculturels ou religieux – chinois, indiens, latino-américains, africains, musulmans, hindouistes, etc. –, étape indispensable dès lors que l’on prétend établir une nouvelle gouvernance mondiale qui soit véritablement planétaire.

Europe

Passons de l’eurocentrisme à l’Europe. L’une des critiques formulées à plusieurs reprises a trait au peu de cas fait par les rédacteurs au modèle de l’Union européenne : “L’Union européenne (bien que plusieurs fois mentionnée) et le "succès incontestable de l’intégration de la plupart des états issus du tourbillon de la décomposition de l’Union soviétique, me semble trop peu appréciés et respectés: le processus européen est - à mon avis - devenu en quelque sorte le nouveau "contrat" dont vous constatez l’absence...”

Ce sujet fut le seul qui vit une divergence (relative) entre les deux rédacteurs (Arnaud Blin et Gustavo Marin), celle-ci reflétant en fait une différence de perspective et d’ancrage géoculturel, le premier mettant l’accent sur les progrès accomplis depuis la création de l’Union de cette Europe qui fut longtemps le premier foyer conflictuel de la planète, le second, chilien et français, mettant en relief les problèmes et limites actuels. C’est probablement cette différence de perspective qui apparaît dans le texte. Reste la question, à peine effleurée, que nous devons nous poser sérieusement : savoir si, et comment, l’Union européenne constitue un modèle, positif et négatif, pour une gouvernance mondiale.

Les Nations Unies

Cela n’est pas une surprise, le sujet des Nations Unies fut celui qui suscita le plus de commentaires. La critique fut unanime : l’ONU a été soit insuffisamment appréciée soit trop rapidement écartée sans prendre en compte ses apports. Contrairement aux autres thèmes, on nous reprocha ici de prendre position et de tenter de répondre au problème posé, mais sans réellement présenter d’arguments pour valider notre prise de position, en d’autres termes, d’avoir mis la charrue avant les bœufs. Critique tout à fait valable.

Un exemple : “La Charte de l’ONU me semble toujours valable. C’est son application qui pèche. Cependant, les opérations militaires actuelles de l’ONU sont peut-être la seule formule réaliste pour gagner ce temps nécessaire aux diplomates et politiques afin de "cicatriser les blessures", même si cyniquement les parties adverses en jouent et en abusent souvent. L’exemple du Liban en 2006 est caractéristique”.

Ou encore :

“L’existence de l’ONU est-elle la bête noire de ces auteurs ? Tout porte à le croire, vu le caractère désobligeant des quelques rares références faites par l’auteur à cette organisation. J’ai été frappé de lire que l’ONU, selon l’auteur, “s’est bornée à soutenir le statu quo” (page trois). Il se réfère certes aux balbutiements de l’ONU, mais mes sens ont été alertés de ce dérapage lorsqu’à la page suivante, l’auteur admet avec réticence que cette organisation “est effectivement utile, voire essentielle, et (...) qu’elle a évolué”. Pourtant, l’auteur soutient clairement que cette institution “stagnante” (p. 7) - qu’elle soit réformée ou pas – ne représente pas l’“avenir de la gouvernance globale” et que le “système international navigue entre anarchie et autogestion maladroite” (p.15). Il accuse donc l’ONU d’avoir créé un “vide international” en affirmant que la loi publique internationale est “l’arbre qui cache la forêt” (p. 16).”

En outre, on nous reprocha aussi de nous focaliser sur la seule réforme du Conseil de sécurité :

“Il est possible que je n’aie pas bien compris les auteurs, mais j’ai l’impression qu’ils se sont un peu trop focalisés sur les rouages et l’influence du Conseil de sécurité lors de leur analyse de l’ONU. Je pense qu’au contraire, ils auraient dû tenir compte – pour l’analyse de l’histoire de la gouvernance mondiale et une considération réaliste future – de l’ensemble des réalisations effectives des Nations Unies.”

L’ONU, c’est indéniable, est au cœur du débat sur la gouvernance mondiale, comme elle l’était en 1945 et comme le fut aussi la Société des nations durant l’entre-deux guerres. Il est indéniable aussi que l’ONU fut l’une des pierres angulaires des relations internationales durant les 60 dernières années. A côté de quelques échecs retentissants, les réussites onusiennes, dans le domaine de la paix mais aussi du développement et de la défense des droits de l’homme, sont impressionnantes. Par ailleurs, tout le monde ou presque est d’accord sur le fait que des réformes en profondeur sont nécessaires et pas uniquement au niveau du Conseil de sécurité. C’est encore une évidence que les Nations Unies portent une lourde charge avec de nombreux mandats et sans avoir les moyens, ne serait-ce que financiers, d’accomplir tous ses objectifs.

Mais, au-delà du verre à moitié plein ou à moitié vide, au-delà de l’évaluation historique de l’ONU, au-delà de ses mérites et de ses limites, de ses capacités à se réformer ou pas, une question fondamentale doit être posée : l’ONU constituera-t-elle dans l’avenir le socle sur lequel reposera la gouvernance mondiale ?

Cette question en appelle d’autres : l’ONU pourrait-elle constituer l’un des piliers – mais pas le seul – d’une nouvelle gouvernance mondiale ? Mais alors, qui sont les autres et quel poids devrait avoir l’ONU ? Au contraire, l’ONU n’est-elle qu’une étape historique vers autre chose ? Mais quoi ? Dans un monde imparfait, représente-t-elle une solution imparfaite mais, comme la démocratie de Churchill, la moins pire de toutes les autres ? Plus largement se pose le concept de sécurité collective, puisque la sécurité collective était censée remplacer le système d’équilibre des puissances. Or, le concept traditionnel de sécurité est largement dépassé aujourd’hui – constat remarquablement établi par l’ONU qui a justement élargi ce concept. Comment, alors, redéfinir les règles du jeu ?

Se pose aussi le problème du rôle de l’Etat, puisque celui-ci est l’élément constitutif des Nations Unies. Or, l’Etat va-t-il, doit-il et peut-il demeurer l’acteur dominant qui, de facto, assure plus ou moins légitimement la gestion d’une planète où les frontières étatiques ont de moins en moins de sens et où les relations « internationales » doivent composer avec une floraison de relations transnationales dépassant le cadre traditionnel des rapports diplomatiques ou même économiques ?

Pour conclure – trop rapidement - ce débat sur l’ONU que nous nous devons de poursuivre activement et de manière approfondie là encore, une chose nous paraît certaine, et c’est celle-là que avons tentée, probablement de manière maladroite ou trop rapide, de poser dans ce texte : la gestion collective de la planète nécessite de nouveaux modes de pensée et de nouveaux modes opératoires. Or, l’ONU, malgré son immense savoir-faire et sa volonté, en l’état actuel des choses, ne nous semble pas en mesure d’assumer, tout du moins seule et sans une réforme en profondeur, cette lourde charge. La critique est facile. A nous de voir qui, y compris, pourquoi pas, une ONU réformée, pourrait assumer cette charge ; comment et, aussi, pourquoi. Nul doute que le débat sur l’ONU constituera quant à lui l’un des axes principaux de notre réflexion sur l’avenir de la gouvernance mondiale.

En guise de conclusion

Si nous devions retenir une seule chose de cette première « mise en débat », ce serait probablement que toute tentative de « repenser la gouvernance mondiale » passe d’abord par la confrontation des idées, par une participation aussi large que possible des vecteurs de la réflexion et par une diversité dans cette participation. Ce sont ces valeurs qui constituent également la base d’une gouvernance mondiale responsable, efficace et solidaire, à la mesure des défis du troisième millénaire.

A ce titre, ce commentaire résume mieux l’essence du problème tout en posant quelques jalons pour l’avenir :
“Le début de prise de conscience des sociétés civiles, de leur force et de leur capacité d’influer sur le cours des choses, rendent possible des évolutions profondes de la gouvernance vers un modèle plus démocratique, plus horizontal, à l’écoute des populations mondiales. Je pense que le document mériterait un développement important de ce volet... La garantie d’ancrer une nouvelle gouvernance démocratique pour le 21e siècle doit s’appuyer sur l’expression organisée de contre-pouvoirs civils capables de faire avancer les Etats.”


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