True peace is not merely the absence of tension, it is the presence of justice. Martin Luther King, Jr. An invasion of armies can be resisted, but not an idea whose time has come. Victor Hugo Henceforth, our country should be the universe. Flora Tristan Do what is right. Rosa Parks *

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THE UN AND WORLD GOVERNANCE

Le problème de la sécurité collective

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Arnaud Blin, Gustavo Marin ¤ 7 January 2009 ¤
Translations: English . Español .

Commençons par la troisième question, que nous avons effleurée un peu plus haut. L’ONU incarne pour beaucoup l’aboutissement d’un vieux rêve, celui de remplacer un système d’équilibre douteux – et au final dangereux – par un régime durable de « sécurité collective » susceptible d’apporter la paix. Ce rêve fut caressé par les philosophes des Lumières qui désiraient en finir une fois pour toutes avec les conflits et avec les combines de dirigeants peu scrupuleux dont les ambitions ne correspondaient en rien au bien-être de leurs sujets [1]. L’idée de progrès, de liberté, et de bonheur aussi, est donc ancrée dans la conception théorique de la sécurité collective. C’est sous l’impulsion d’un chef d’État-philosophe (il fut professeur à Princeton de philosophie politique), Woodrow Wilson, que le concept est devenu réalité, avec la SDN et puis plus tard l’ONU, sous l’impulsion d’un autre américain, Franklin Roosevelt.

Qu’est-ce que la sécurité collective ? Tout simplement l’idée selon laquelle l’agression d’un pays contre un autre pays équivaut à une agression contre tous les pays, ces derniers ayant pour devoir de s’opposer à cette agression. Le concept de sécurité collective est d’une certaine façon un contrat social entre États alors que le système d’équilibre est un mécanisme qui, de lui-même avec un certain laisser-faire, est censé prévenir la montée en puissance d’un État susceptible de renverser le statu quo. L’objectif de la sécurité collective est la stabilité et la paix, celui de l’équilibre est le maintien du statu quo (surtout celui des grandes puissances), si besoin est en recourant à la guerre – limitée dans ses objectifs – pour maintenir l’équilibre géopolitique.

Logiquement, le concept de sécurité collective traduit le sentiment européen du 18e siècle, lorsque l’idée du progrès était reine et que le concept d’équilibre des puissances – qui traduisait la conception du monde du 17e – paraissait insatisfaisant aux observateurs les plus perspicaces. Mais l’incarnation temporelle de la sécurité collective, l’ONU, est née au moment même où la foi dans le progrès se voyait anéantie par les horreurs sans précédent de la Première et de la Seconde guerres mondiales. En d’autres termes, était créé en 1945 un système auquel le monde, en définitive, ne croyait plus, un peu comme s’il avait voulu se donner bonne conscience mais sans trop y croire.

La configuration structurelle de l’ONU, en particulier son Conseil de sécurité, tend d’ailleurs à prouver cela. Notons que la création de l’ONU coïncida historiquement avec la perte de confiance dans les systèmes « rationalistes » – le terme usité par les politologues – incarnés par la SDN et la renaissance des principes de la realpolitik classique qui furent mis en pratique par les dirigeants des grandes puissances sortantes de la Seconde Guerre mondiale et qui dominèrent les départements universitaires de sciences politiques de l’après-guerre. A titre d’exemple, la stratégie de l’endiguement qui servit de fil conducteur à la politique américaine jusqu’en 1991 était basée sur une vision traditionnelle des rapports de force. Ce qui fait que les États-Unis, l’URSS et les autres membres permanents du Conseil de sécurité pratiquaient une politique réaliste tout en œuvrant au sein de l’ONU dont la raison d’être était précisément de mettre fin à cette pratique !

On peut donc dire sans trop se tromper que les déficiences de l’ONU ne sont pas dues, comme on l’entend généralement, au fait que le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de 1945 et que l’ONU n’a pas su s’adapter mais plutôt que, dès 1945, les dés étaient déjà pipés et le sort des Nations Unies quasiment scellé. On pourrait même ajouter que l’ONU est peut-être mieux adaptée en 2009 au contexte actuel qu’elle ne l’était au moment de sa création au contexte de l’époque. Phagocytée qu’elle l’était par les grandes puissances, l’ONU a réussi malgré tout à se créer un espace à elle et parfois même à contourner les contraintes qui lui furent imposées dès sa naissance. Néanmoins, si elle s’est adaptée, elle semble par moment totalement dépassée par les événements, comme par exemple la crise financière de 2008 face à laquelle elle a gardé un silence de marbre. Par ailleurs, elle est largement ignorée par les Européens, sans mentionner les Américains.

Revenons un instant à la sécurité collective. La sécurité collective telle qu’elle était perçue théoriquement au 18e siècle et appliquée au 20e, était fondée sur quatre principes qui, aujourd’hui, paraissent anachroniques, voire caduques :
I. La primauté de l’État, acteur légitime et rationnel
II. L’inviolabilité de la souveraineté des États
III. Une vision étroite de la notion de sécurité
IV. Une perception des relations internationales privilégiant la dimension (géo) politique

Pourtant, c’est à travers ces principes qu’est née l’ONU et ce sont eux qui constituent encore aujourd’hui sa raison d’être.

Examinons brièvement chacune de ces propositions à la lumière de notre environnement actuel.

[1On retrouve cette idée chez bon nombre de philosophes des Lumières comme Castel de Saint-Pierre, Rousseau, d’Holbach ou Kant, parmi bien d’autres. Le débat sur la « paix perpétuelle » fait rage durant toute la durée du 18e siècle, comme les débats autour des divers « plans de paix », par exemple celui de Jeremy Bentham.

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